LE PONT DES SOUPIRS - PONTE DEI SOSPIRI

Contrairement à l’opinion répandue, ce pont n’a rien à voir avec l’image romantique des amoureux soupirant à Venise, mais c’est celui des soupirs des prisonniers conduits à la prison des Plombs (I piombi), ce «sarcophage volant» comme l’on surnommé des écrivains, était l’emblème de la «mise au secret», des souffrances endurés par les prisonniers conduits dans leurs géôles. 

 

Ce surnom de «pont de soupirs» remonte au XVIIIe siècle. Il s’agit en réalité d’une voie de communication entre le Palais Ducal et les nouvelles prisons. Le pont est entièrement fermé sur les côtés et il est couvert d’un faîte aux lignes mixtes, caractérisé par par un jeu très expressif de parois blanches en pierre d’Istrie. Les quatre fenêtres ajourées dans la pierre d’Istrie étaient les ouvertures par lesquelles les condamnés poussaient des soupirs d’adieu, en parcourant du regard une dernière fois les eaux scintillantes du canal et au loin de la lagune. Ce pont aurait pu se nommer «pont des adieux». Le pont comporte un bas-relief avec la représentation de la Justice et le blason du doge Marino Grimani (1595-1605). Les travaux du pont des soupirs se terminèrent vers 1602 sous la direction de Manopola, ayant succédé aux proti Antonio da Ponte et Antonio Contin pour la direction du chantier.

 

Photo du Pont des Soupirs et du Rio di Canonica - Ca 1924
Photo du Pont des Soupirs et du Rio di Canonica - Ca 1924

Giacomo Casanova de Seingalt, Chevalier de

Du 26 juillet 1755 au 1 novembre 1756 Casanova aux Plombs de Venise

Casanova 2/04/1725 - 4/06/1798
Casanova 2/04/1725 - 4/06/1798

L’aventurier, séducteur, espion et homme de lettres Casanova fut emprisonné à la prison des Plombs (Piombi) en 1755. Cette prison est attenante au Palais des Doges et permettait de mettre «au secret» bien des personnes.

 

Il fut accusé de détenir des livres interdits, de la fréquentation de représentants de pays étrangers tout en résidant chez un sénateur, une plainte fut déposée par la mère dont la fille fut séduite, de forte perte d'argent au jeu. Son appartenance maçonnique fut-elle également en cause? Il aurait reçu l'initiation peut-être à Lyon en France en 1750.

 

Malgré la réputation des lieux de prison dans laquelle on ne s’échappe pas, Casanova avec l’aide d’un autre détenu, le Père Balbi, pu s’enfuir en faisant un trou dans le plafond le 1er novembre 1756. Son geôlier coupable d’avoir échoué dans sa mission de surveillance fut condamné à la prison, par le gouvernement de la République.

La prison des Plombs - I Piombi

C’est en 1580 que commencèrent les travaux de bâtiment de l’édifice au-delà du canal, pour construire un lieu de réclusion et y transférer une bonne partie des détenus qui languissaient dans les cellules malsaines du Palais des doges. La nouvelle prison fut conçue sur la base de critères fonctionnels, avec un grand nombre d’ouverture et des pièces plutôt amples où les coupables pouvaient mieux supporter leur détention. Des blocs rustiques de pierre d’Istrie ont servi pour la façade sur l’eau, ainsi que pour d’autres façades, alors que le bossage sur la rive est caractérisé par un portique à sept arcades et au, niveau supérieur, par des fenêtres et des colonnes de très grandes taille. C’est dans la pièce située au-dessus de la loge que se réunissait le collège des seigneurs de nuit près le Criminal, six magistrats pour les six quartiers de Venise qui veillaient à l’ordre public aux heures tardives et qui poursuivaient les crimes de vol, de coups et de meurtre.

 

Le projet des nouvelles prisons, dont la construction fut financée en émettant des emprunts publics revient au proto Antonio da Ponte, à Zamaria de’Piombi et au forçat Zaccaria Briani, ayant bénéficié pour son travail de trois ans de remise de peine; mais le chantier pris fin sous la direction d’Antonio Contin au début du XVIIe siècle. Le pénitiencier est disposé autour d’une cour, sur trois étages, avec une conformation simplifiée ; dans la partie du bâtiment où arrive le pont des Soupirs, un couloir suit les murs périmétriques et délimite deux groupes de cellules par le milieu. De nombreuses cellules sont encore recouvertes au sol, sur les murs et sur la voûte de planches de mélèze épaisses, entrecroisées et clouées, qui évitaient le contact avec la pierre se protégaient de l’humidité.

Pendant la visite, si l'on observe les enduits de certaine pièces, il est possible de remarquer la présence d'inscriptions gravées ou tracées au noir de carbone au cours de nombreuses décennies, rappelant ces hommes qui y ont été enfermés.

 

Dans la cour, par une porte reportant sur l'architrave l'épigraphe "le pregion forte", on remonte jusqu'à une grande pièce du troisième étage om ont été recueillies de nombreuses pièces archéologiques, retrouvées au cours de fouilles à différents endroits de la ville et de lagune, à Malamocco, etc.

 

De par sa conception cette prison est faites pour retenir la chaleur en été, il peut atteindre dans les cellules 50° et en hiver, il y fait très froid. Les conditions de vie des prisonniers étaient des plus précaires et difficiles.

Inscriptions au noir de carbone
Inscriptions au noir de carbone